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Graphimage(s) versus pictographie(s)
 
Julien BLAINEWONG Moo Chew, LIU Yi

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Octobre 2016

Artistes :

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À l’occasion de sa seconde exposition, la WITHoutARTgalerie présente les trois artistes suivants : Julien Blaine, Liu Yi et Moo Chew Wong. Malgré la grande diversité de leurs origines, disciplines, techniques et parcours respectifs, la galerie réunit une fois encore des œuvres qui se risquent aux confins de la peinture et de l’écriture : ce poète, ce calligraphe et ce peintre, produisent tous à leur manière des graphimages et/ou des pictographies.

 

À commencer par Julien Blaine dont la galerie présente deux séries autographiques historiques issues des ouvrages suivants : les Poëmes métaphysiques (1986) et la séquence des « Cinq sens » extraite de BiMOT (1990), dûment pictographiés par le poète lui-même au pochoir, à l’huile et à l’acrylique, d’après des poèmes qui sont eux-mêmes des œuvres verbi-visuelles, optophonétiques ou iconotextuelles. Deux autres pièces anciennes jalonnent notamment le parcours au très long cours du poète-plasticien : le collage Écriture accidentelle (1971) et Vert Gazon (1964), unique vestige de son exposition de Modène alors acquise en totalité - ou presque - par un collectionneur.

 

Les encres veloutées et nimbées du Chinois Liu Yi sont elles aussi, inséparablement scripturales et picturales. Selon le grand sinologue Léon Vandermeersch, les graphimages sont des « traits de pinceaux cultivés hors sol idéographique chinois qui se revendiquent comme les créations d’une interidéographie métalinguistique universelle* ». Comme telles, ils ne transcrivent donc aucun idéogramme ni ne supposent aucun prétexte figuratif ; ni visuels (ou picturaux au sens occidental), ni lisibles (en un sens sinographique), les graphimages à l’encre et à l’acrylique de Liu Yi sont autant (il)lisibles que (li)visibles.

 

Il n’en va pas autrement chez Moo Chew Wong, un parisien originaire de Malaisie. Sous le titre de Journal des Abbesses, le peintre nous propose une centaine d’aquarelles restituant la vie de cette place. Depuis la fenêtre de son domicile situé à deux pas du Bateau-lavoir, il s’emploie à tracer à l’improviste et à main levée ̶ , des véhicules mais surtout des… passantes. Le véritable motif de ces abréviations systématiquement datées est, outre le passage des choses et des personnes, celui des saisons. La vitesse d’exécution sans repentir de motifs fugitifs donne ainsi lieu à une figuration sténographique quasiment abstraite. La série de petites toiles érotiques intitulées Captures sollicitent elles aussi un certain effort d’accommodation visuelle de la part du spectateur : de près, on perçoit d’abord un fouillis de taches de couleur tandis qu’à distance, les corps des pin-up et leurs reflets en miroir apparaissent plus nettement.

 

Lors du vernissage de l’exposition, Julien Blaine exécutera une performance intitulée La Pythie claustrophobe : après avoir répandu des lettres au sol et les avoir peintes, le poëte vaticinera d’après leurs empreintes négatives…

 

 

(*) Léon Vandermeersch, Les deux raisons de la pensée chinoise, Divination et idéographie, Paris Gallimard, 2013 p.192

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